Art 16 de la Constitution : pouvoirs exceptionnels
L'art 16 de la Constitution permet au président de la République d'exercer des pouvoirs exceptionnels en cas de crise grave. Guide complet 2026.

L'article 16 de la Constitution du 4 octobre 1958 donne au président de la République des pouvoirs d'exception d'une portée considérable, dès lors que les institutions sont menacées de façon grave et immédiate. Conçu au sortir de la Seconde Guerre mondiale pour éviter que l'État ne se retrouve paralysé, ce mécanisme n'a été déclenché qu'une seule fois sous la Ve République. Ses conditions d'activation, ses limites réelles et sa portée concrète restent largement méconnues du grand public : et pourtant, la question de son éventuelle utilisation par l'exécutif en place ressurgit périodiquement dans le débat politique.
Définition et texte exact de l'art 16 de la Constitution
L'article 16 de la Constitution du 4 octobre 1958, tel qu'il figure sur Legifrance dans sa version en vigueur, dispose : « Lorsque les institutions de la République, l'indépendance de la Nation, l'intégrité de son territoire ou l'exécution de ses engagements internationaux sont menacées d'une manière grave et immédiate et que le fonctionnement régulier des pouvoirs publics constitutionnels est interrompu, le président de la République prend les mesures exigées par ces circonstances. »
Deux conditions. Cumulatives. Elles doivent être réunies en même temps :
- Condition 1 : une menace grave et immédiate visant les institutions, l'indépendance nationale, l'intégrité du territoire ou les engagements internationaux de la France.
- Condition 2 : une interruption effective du fonctionnement régulier des pouvoirs publics constitutionnels (gouvernement, Parlement, juridictions).
Une crise politique sévère, un état d'urgence, une paralysie gouvernementale passagère : rien de tout cela ne suffit si la seconde condition n'est pas remplie. Les deux critères sont non pas alternatifs mais bel et bien cumulatifs.
L'article prévoit aussi une procédure de consultation préalable obligatoire. Le président doit consulter officiellement le Premier ministre, les présidents des deux assemblées (Assemblée nationale et Sénat) ainsi que le Conseil constitutionnel. Ces consultations sont obligatoires : mais non contraignantes. Le président n'est lié par aucun des avis rendus.
Les pouvoirs étendus conférés par l'article 16 : contenu et limites
Une fois l'article 16 activé, les pouvoirs qui se concentrent entre les mains du président sont considérables. Il peut prendre, par voie d'ordonnances ou de décrets, des mesures relevant normalement du domaine de la loi. Autrement dit : il légifère sans passer par le Parlement.
Mais ces pouvoirs ne sont pas absolus. Plusieurs garde-fous sont inscrits dans la Constitution elle-même.
- Réunion de plein droit du Parlement : les deux chambres se réunissent automatiquement, sans convocation préalable. Le Parlement continue de siéger, de délibérer et d'adopter des textes dans son domaine propre.
- Interdiction de dissolution : l'Assemblée nationale ne peut pas être dissoute pendant toute la durée d'application de l'article 16. Ce verrou empêche une captation totale du pouvoir par l'exécutif.
- Contrôle du Conseil constitutionnel : passé 30 jours d'application, le Conseil peut être saisi par le président de l'Assemblée nationale, le président du Sénat, 60 députés ou 60 sénateurs, afin d'apprécier si les conditions initiales demeurent réunies. À 60 jours, cet examen devient automatique, de sa propre initiative.
Les mesures présidentielles doivent rester « inspirées par la volonté d'assurer aux pouvoirs publics constitutionnels, dans les moindres délais, les moyens d'accomplir leur mission ». Le Conseil constitutionnel est consulté sur chaque mesure envisagée.
C'est cette architecture qui distingue l'article 16 des régimes d'exception ordinaires. Large, certes. Mais pas illimité.
L'essentiel
- L'art 16 de la Constitution permet au président de la République de concentrer les pouvoirs exécutif et législatif en cas de menace grave et immédiate sur les institutions.
- Son activation est soumise à des conditions cumulatives strictes : consultation du Premier ministre, des présidents des assemblées et du Conseil constitutionnel.
- L'Assemblée nationale ne peut pas être dissoute pendant l'exercice des pouvoirs exceptionnels, et le Parlement se réunit de plein droit.
- Après 30 jours d'application, le Conseil constitutionnel peut être saisi pour vérifier si les conditions sont toujours réunies ; après 60 jours, il procède à cet examen d'office.
- L'article 16 n'a été utilisé qu'une seule fois : par le général de Gaulle du 23 avril au 29 septembre 1961, lors du putsch des généraux en Algérie.
Historique : de Gaulle et la seule utilisation de l'article 16
Une seule activation depuis 1958. Le général de Gaulle a déclenché l'article 16 le 23 avril 1961, au lendemain du putsch des quatre généraux : Challe, Jouhaud, Zeller, Salan : à Alger, qui menaçait directement l'intégrité du territoire et le fonctionnement des institutions.
Le discours radiodiffusé de de Gaulle cette nuit-là reste l'un des plus marquants de la Ve République. Dès le 25 avril 1961, le putsch était militairement défait. Et pourtant, l'article 16 est resté en vigueur 5 mois et 7 jours, jusqu'au 29 septembre 1961. Une durée que les parlementaires ont vivement critiquée : la menace concrète avait disparu en quelques jours à peine.
C'est précisément cette expérience qui a conduit, lors de la révision constitutionnelle du 23 juillet 2008, à l'introduction du mécanisme de contrôle automatique à 60 jours. Avant cette réforme, aucune disposition ne permettait de mettre fin à l'article 16 contre la volonté du président. La révision de 2008 a donc substantiellement renforcé l'encadrement démocratique de ces pouvoirs.
Pour les personnes souhaitant comprendre comment les institutions protègent les droits individuels en période de crise, il peut être utile de consulter une maison de la justice et du droit afin d'obtenir une orientation juridique gratuite.
Depuis 1961, la France a traversé mai 1968, les attentats de 2015-2016, la crise sanitaire de 2020 : sans que les conditions de l'article 16 ne soient jugées réunies. L'état d'urgence prévu à l'article 36 ou la loi du 3 avril 1955 ont été préférés, en raison de leur portée moins radicale.
Article 16 et révision constitutionnelle : ce que l'article 89 interdit
Un point que la plupart des commentateurs négligent : l'article 89 de la Constitution interdit formellement d'engager ou de poursuivre une procédure de révision constitutionnelle lorsque l'article 16 est en vigueur et qu'il est porté atteinte à l'intégrité du territoire. Ce verrou protège la Constitution contre toute réécriture en période de crise.
Concrètement, un président qui activerait l'article 16 ne pourrait pas s'en servir pour modifier la Constitution à sa convenance. La disposition est consultable sur Legifrance (Titre XVI, article 89).
Se pose aussi la question : débattue en doctrine : de savoir si le président peut, sous l'empire de l'article 16, suspendre des droits fondamentaux garantis par la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, à laquelle renvoie le préambule de la Constitution. La doctrine constitutionnelle y répond majoritairement par la négative : les mesures adoptées doivent rester proportionnées à la menace et ne sauraient vider de leur substance des droits fondamentaux tels que la liberté individuelle ou la liberté de la presse.
Sur ce point, un avocat en droit de famille ou un juriste spécialisé peut aider à comprendre comment ces limitations constitutionnelles protègent concrètement les droits des individus face à l'État.
Le Conseil constitutionnel joue ici un rôle central. Sa décision n°2026-903 DC du 21 mai 2026 rappelle d'ailleurs sa mission de gardien de la Constitution dans le contrôle des mesures adoptées sous l'article 16.
Article 16 Macron : peut-il être activé aujourd'hui ?
La question revient régulièrement : Macron peut-il activer l'article 16 ? Juridiquement, la réponse est simple. Tout président de la République en exercice peut le faire, dès lors que les deux conditions cumulatives sont objectivement réunies.
Mais la barre est très haute. Plusieurs scénarios souvent cités dans le débat public ne remplissent pas les critères :
- Une motion de censure votée contre le gouvernement : ne constitue pas une interruption du fonctionnement régulier des pouvoirs publics.
- Des troubles sociaux majeurs (grèves, manifestations) : ne correspondent pas à une menace grave et immédiate sur les institutions au sens de l'article 16.
- Une dissolution de l'Assemblée nationale : procédure normale prévue par l'article 12, sans lien avec l'article 16.
- Une crise budgétaire ou économique : ne remplit pas les conditions constitutionnelles.
En revanche, une invasion militaire du territoire, un coup d'État ou la destruction physique des organes constitutionnels pourraient, en théorie, justifier l'activation. Le contexte doit être objectivement exceptionnel : au sens littéral du terme.
À titre de comparaison, d'autres procédures administratives exceptionnelles, comme celles permettant de changer de nom de famille, illustrent la façon dont le droit encadre strictement les démarches touchant à l'identité des personnes, même hors période de crise.
Et si le recours s'avérait politiquement abusif ? Le Conseil constitutionnel intervient dès 30 jours, puis automatiquement à 60 jours. La pratique montre que la pression politique et médiatique constitue elle-même un frein puissant à toute tentation de dérive.
Ce contrôle institutionnel renforcé témoigne de la volonté du constituant de prévenir tout abus de pouvoir susceptible de porter atteinte aux libertés fondamentales, y compris les droits civiques garantis par la Déclaration de 1789.
Comparaison avec les autres pouvoirs de crise : article 36, état d'urgence, état de siège
L'article 16 n'est pas le seul outil constitutionnel face à une crise. Plusieurs mécanismes coexistent, avec des seuils d'activation et des effets très différents :
- Article 16 de la Constitution : pouvoirs exceptionnels présidentiels, conditions cumulatives très strictes, contrôle du Conseil constitutionnel à 30 puis 60 jours. Jamais activé depuis 1961.
- Article 36 de la Constitution (état de siège) : les autorités militaires se substituent partiellement aux autorités civiles. Décret en Conseil des ministres ; toute prorogation au-delà de 12 jours nécessite une autorisation du Parlement.
- Loi du 3 avril 1955 sur l'état d'urgence : mesures de police administrative renforcées : assignations à résidence, perquisitions administratives, interdictions de réunion. Déclaré par décret en Conseil des ministres, prorogation au-delà de 12 jours soumise à la loi. Utilisé en 2005 (émeutes urbaines) et entre 2015 et 2017 (vague d'attentats).
- Article 38 de la Constitution (ordonnances) : le gouvernement peut légiférer par ordonnances avec l'habilitation du Parlement, hors tout état d'exception.
Ce qui distingue l'article 16 de tous ces régimes : la concentration des pouvoirs dans les seules mains du président, sans habilitation parlementaire préalable d'aucune sorte. C'est sa singularité : et la raison pour laquelle il n'a servi qu'une fois en plus de soixante ans.
Sources
- legifrance.gouv.fr
- legifrance.gouv.fr
- legifrance.gouv.fr
- conseil-constitutionnel.fr
- conseil-constitutionnel.fr
Fiche pratique
| Texte de référence | Article 16 de la Constitution du 4 octobre 1958 (Legifrance) |
| Conditions cumulatives | 1. Menace grave et immédiate sur les institutions / territoire / engagements internationaux. 2. Interruption du fonctionnement régulier des pouvoirs publics constitutionnels |
| Consultations préalables obligatoires | Premier ministre, présidents des deux assemblées, Conseil constitutionnel |
| Parlement pendant l'article 16 | Se réunit de plein droit : ne peut pas être dissous |
| Contrôle après 30 jours | Saisine possible par 60 députés ou 60 sénateurs, président de l'Assemblée nationale ou du Sénat |
| Contrôle après 60 jours | Examen automatique d'office par le Conseil constitutionnel |
| Révision constitutionnelle interdite | Article 89 de la Constitution : aucune révision possible pendant l'application |
| Seule utilisation historique | De Gaulle, du 23 avril au 29 septembre 1961 (putsch des généraux, Algérie) |
| Révision encadrant l'art. 16 | Loi constitutionnelle du 23 juillet 2008 (introduction du contrôle à 30 et 60 jours) |
| Juridiction de contrôle | Conseil constitutionnel (2 rue de Montpensier, 75001 Paris : conseil-constitutionnel.fr) |
| Source officielle | legifrance.gouv.fr/loda/article_lc/LEGIARTI000019241008 |
Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Consultez un avocat ou un professionnel du droit pour toute situation concrète.
Les questions fréquentes
Quel est l'article 16 de la Constitution ?
L'article 16 de la Constitution du 4 octobre 1958 autorise le président de la République à prendre toutes les mesures exigées par les circonstances, à condition que deux critères soient simultanément remplis : une menace grave et immédiate pesant sur les institutions, l'indépendance nationale ou l'intégrité du territoire, ET une interruption du fonctionnement régulier des pouvoirs publics constitutionnels. Durant cette période, le Parlement se réunit de plein droit et l'Assemblée nationale ne peut faire l'objet d'aucune dissolution.
Est-ce que l'article 16 a déjà été utilisé ?
Oui : mais une seule fois depuis 1958. Le général de Gaulle a activé l'article 16 le 23 avril 1961, au moment du putsch des généraux à Alger. Il l'a maintenu jusqu'au 29 septembre 1961, soit plus de cinq mois, alors que la menace concrète avait été militairement écartée en quelques jours. Cette durée excessive a directement motivé la révision constitutionnelle de 2008, laquelle a introduit un contrôle automatique par le Conseil constitutionnel passé 60 jours d'application.
Est-ce que Macron peut utiliser l'article 16 ?
Tout président de la République peut activer l'article 16, à condition que les deux critères cumulatifs soient objectivement réunis. Dans les faits, le seuil est très élevé : une crise politique ordinaire, une motion de censure, des troubles sociaux ou une crise budgétaire ne suffisent pas. Il faudrait une menace grave et immédiate sur les institutions ET une interruption effective du fonctionnement des pouvoirs publics. À partir de 30 jours d'application, 60 députés ou sénateurs peuvent saisir le Conseil constitutionnel pour vérifier que les conditions demeurent réunies.
Est-ce que l'Assemblée nationale peut renverser le président sous l'article 16 ?
Non. L'article 16 interdit expressément la dissolution de l'Assemblée nationale, mais l'Assemblée ne dispose d'aucune procédure pour mettre fin aux fonctions du président de la République sous la Ve République : que l'article 16 soit activé ou non. Elle peut voter une motion de censure contre le gouvernement en application de l'article 49 de la Constitution, ce qui contraint le Premier ministre à démissionner, mais cela ne met pas fin aux pouvoirs exceptionnels du président.
Quelle est la durée maximum d'application de l'article 16 ?
La Constitution ne fixe pas de durée maximale. En revanche, la révision constitutionnelle du 23 juillet 2008 a introduit deux mécanismes de contrôle distincts : passé 30 jours, le Conseil constitutionnel peut être saisi par le président de l'Assemblée, le président du Sénat, 60 députés ou 60 sénateurs, pour vérifier si les conditions demeurent réunies ; à 60 jours, il procède à cet examen automatiquement, sans saisine préalable. Si les conditions ne sont plus remplies, le Conseil le constate publiquement : ce qui crée une pression politique forte pour y mettre fin.
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