
Rétractation d'une promesse de vente : qui peut se rétracter
Délai de 10 jours, point de départ, lettre recommandée, remboursement du dépôt : tout ce qu'il faut savoir sur la rétractation d'une promesse de vente en 2026.

L'acquéreur non professionnel d'un bien à usage d'habitation dispose d'un délai légal de 10 jours calendaires pour se rétracter sans motif ni pénalité après signature d'une promesse ou d'un compromis de vente (art. L271-1 du Code de la construction et de l'habitation). Le délai court à compter du lendemain de la remise de l'acte et les sommes versées doivent être restituées sous 21 jours. Le vendeur, quant à lui, ne bénéficie d'aucun droit légal de rétractation.
La rétractation d'une promesse de vente obéit à un cadre légal strict mais protecteur pour l'acquéreur non professionnel. Signer un compromis ou une promesse unilatérale ne fige pas instantanément l'engagement : l'acheteur d'un bien à usage d'habitation bénéficie d'un délai de 10 jours calendaires pour revenir sur sa décision, sans justification ni pénalité, conformément à l'article L271-1 du Code de la construction et de l'habitation. Le vendeur, en revanche, ne dispose d'aucun droit légal équivalent. Ce déséquilibre, souvent méconnu, structure toute la mécanique des avant-contrats immobiliers.
Promesse unilatérale ou compromis de vente : deux avant-contrats, un même droit de rétractation
Avant d'aborder le mécanisme de rétractation, il faut distinguer les deux formes d'avant-contrat qui coexistent dans la pratique immobilière. Cette distinction est capitale car elle détermine qui est lié, à quel moment, et avec quelle intensité.
Le point commun : dans les deux cas, l'acquéreur non professionnel d'un bien à usage d'habitation bénéficie du délai de rétractation de 10 jours prévu par l'article L271-1 du Code de la construction et de l'habitation. Ce droit protecteur, issu de la loi SRU du 13 décembre 2000, a été unifié à 10 jours par la loi Elan (art. L442-8 du code de l'urbanisme), remplaçant l'ancien délai de 7 jours (village-justice.com, avril 2020).
La divergence essentielle porte sur la position du vendeur : dans la promesse unilatérale, le promettant s'engage définitivement à vendre dès la signature, tandis que le bénéficiaire conserve une option d'achat. Dans le compromis, les deux parties sont réciproquement engagées.
Qu'est-ce qu'une promesse unilatérale de vente ?
La promesse unilatérale de vente est un contrat par lequel le propriétaire (le promettant) s'engage à vendre son bien à un prix déterminé, pendant une durée fixée, au profit d'un acquéreur potentiel (le bénéficiaire).
Le promettant est irrévocablement lié dès la signature : il ne peut ni vendre à un tiers ni refuser de signer l'acte authentique si le bénéficiaire lève l'option dans le délai convenu. Le bénéficiaire, lui, conserve une liberté totale : lever l'option ou non. Cette asymétrie fondamentale explique pourquoi le droit de rétractation légal ne concerne que l'acquéreur : le vendeur n'en a pas besoin, puisqu'il est déjà tenu par son engagement (village-justice.com, mai 2025).
En contrepartie de cette exclusivité, le bénéficiaire verse une indemnité d'immobilisation, généralement fixée à 10 % du prix de vente, qui sera perdue s'il renonce hors des cas prévus.
Qu'est-ce qu'un compromis de vente (promesse synallagmatique) ?
Le compromis de vente, aussi appelé promesse synallagmatique, engage réciproquement vendeur et acheteur. L'article 1589 du Code civil dispose que « la promesse de vente vaut vente lorsqu'il y a consentement réciproque des deux parties sur la chose et sur le prix ».
Concrètement, le compromis contient l'ensemble des conditions de la vente définitive : désignation du bien, prix, modalités de financement, clauses suspensives, date de réitération par acte authentique. La signature du compromis crée une obligation de faire : chaque partie peut contraindre l'autre à signer l'acte notarié.
Le dépôt de garantie versé par l'acheteur (souvent 5 à 10 % du prix) est conservé par le notaire ou l'agent immobilier sur un compte séquestre jusqu'à la réitération de la vente.
Qui est lié, qui peut se rétracter ?
Le tableau ci-dessous synthétise les positions respectives dans chaque type d'avant-contrat :
- Promesse unilatérale : Vendeur (promettant) : Engagement irrévocable dès la signature. Aucun droit légal de rétractation. Ne peut se libérer que par une clause contractuelle expresse, l'expiration du délai d'option sans levée par le bénéficiaire, ou un accord amiable.
- Promesse unilatérale : Acheteur (bénéficiaire) : Droit de rétractation de 10 jours (art. L271-1 CCH). Au-delà, liberté de lever ou non l'option, mais perte de l'indemnité d'immobilisation en cas de non-levée sans motif légitime.
- Compromis de vente : Vendeur : Engagement réciproque. Aucun droit légal de rétractation. Peut être contraint à signer par exécution forcée.
- Compromis de vente : Acheteur : Droit de rétractation de 10 jours (art. L271-1 CCH). Passé ce délai, obligation de signer l'acte authentique, sous peine de perdre le dépôt et de risquer l'exécution forcée.
Le délai de rétractation de 10 jours : comment le calculer exactement ?
Dix jours. Ce chiffre est connu, mais son calcul précis échappe à beaucoup d'acquéreurs pressés. Le délai de rétractation est de 10 jours calendaires : et non ouvrables. Tous les jours comptent, samedis, dimanches et jours fériés inclus.
L'article L271-1 du Code de la construction et de l'habitation fixe le point de départ au lendemain de la remise de l'acte. Une subtilité que les pages concurrentes traitent souvent de façon superficielle : le mode de remise conditionne la date exacte de déclenchement du délai, ce qui peut faire gagner ou perdre un jour précieux.
Autre précision capitale : si le dixième jour tombe un dimanche ou un jour férié, le délai est prorogé au premier jour ouvrable suivant (art. L271-1 CCH). Cette règle, protectrice pour l'acquéreur, est régulièrement ignorée dans les explications sommaires.
Le point de départ : lendemain de la remise de l'acte
La règle est posée par l'article L271-1 du CCH : « le délai de rétractation court à compter du lendemain de la remise de l'acte ». Le jour de la remise lui-même ne compte pas.
Cette remise doit être « attestée selon des modalités fixées par décret » (art. L271-1 CCH). En pratique, le notaire ou l'agent immobilier fait signer un récépissé ou un bordereau de remise qui constitue la preuve de la date à laquelle l'acquéreur a reçu l'acte complet. Sans cette attestation, le délai ne commence pas à courir : un point que les vendeurs pressés oublient parfois.
Dans une promesse unilatérale, le délai ne court qu'à compter du lendemain de la communication de l'acte contenant toutes les mentions obligatoires prévues par la loi, et non de la simple signature de l'offre (Code de la construction et de l'habitation, art. L271-1, version en vigueur au 16 août 2026).
Remise en main propre, lettre recommandée ou voie électronique : quel impact ?
Trois modes de remise coexistent, chacun avec ses particularités.
La remise en main propre contre récépissé reste la voie la plus courante : l'acquéreur signe un bordereau lors de la signature de l'avant-contrat chez le notaire ou en agence. Le délai démarre le lendemain.
La remise par lettre recommandée avec accusé de réception (LRAR) fait courir le délai à compter du lendemain de la première présentation du pli postal (village-justice.com, avril 2022). Autrement dit, même si l'acquéreur ne va pas chercher le courrier immédiatement, le délai se déclenche.
La voie électronique, encadrée par décret, suppose un système garantissant la date de réception et l'intégrité de l'acte transmis. Le délai court alors à compter du lendemain de la réception électronique attestée.
L'erreur classique consiste à confondre la date de signature et la date de remise. Un acte signé le 5 septembre mais remis le 8 septembre fait courir le délai à partir du 9 septembre, non du 6.
Cas concret : calcul du délai sur un exemple chiffré
Prenons une situation réelle. Un acquéreur signe un compromis de vente chez le notaire le mercredi 9 septembre 2026. L'acte lui est remis en main propre le jour même, contre récépissé.
Le point de départ du délai est le lendemain, jeudi 10 septembre. Le délai de 10 jours calendaires expire le samedi 19 septembre. Le samedi étant un jour ouvrable classique, le délai s'achève bien ce jour-là : la lettre de rétractation doit être postée au plus tard le 19 septembre, le cachet de la poste faisant foi.
Second scénario : la remise a lieu le vendredi 11 septembre. Le délai part le samedi 12 septembre et expire le lundi 21 septembre. Ici, le week-end « absorbe » deux jours du délai, réduisant mécaniquement le temps de réflexion utile.
Dernière situation, fréquente en pratique : le dixième jour tombe un dimanche. Si la remise est intervenue un jeudi, le délai expire théoriquement le dimanche suivant. L'article L271-1 CCH proroge alors l'échéance au lundi : l'acquéreur gagne 24 heures supplémentaires.
L'essentiel
- L'acheteur non professionnel dispose de 10 jours calendaires pour se rétracter sans motif ni pénalité (art. L271-1 CCH).
- Le délai court à compter du lendemain de la remise de l'acte, quel que soit le mode de transmission (main propre, LRAR, voie électronique).
- Le vendeur n'a aucun droit légal de rétractation : seule une clause contractuelle expresse ou un accord amiable peut le libérer.
- Hors délai, l'acheteur défaillant risque la perte de l'indemnité d'immobilisation (environ 10 % du prix) et potentiellement l'exécution forcée de la vente.
- Les clauses suspensives (refus de prêt, droit de préemption) restent la seule échappatoire légale après l'expiration des 10 jours.
Comment se rétracter : procédure pas à pas et pièges à éviter
Se rétracter d'une promesse de vente est un droit, pas une formalité. La loi encadre strictement les modalités d'exercice de cette faculté : une simple déclaration orale ou un email sans accusé de réception ne suffisent pas à sécuriser la rétractation.
L'article L271-1 du Code de la construction et de l'habitation impose une notification par lettre recommandée avec accusé de réception au vendeur ou à son représentant (notaire, agent immobilier). Le cachet de la poste fait foi pour attester du respect du délai de 10 jours. Une fois la rétractation exercée, le professionnel dépositaire des fonds : notaire ou agent immobilier : doit les restituer intégralement dans un délai de 21 jours.
La procédure, simple en apparence, recèle plusieurs pièges pratiques que les acquéreurs découvrent trop tard.
Les mentions obligatoires de la lettre de rétractation
La lettre de rétractation doit contenir plusieurs éléments pour être juridiquement efficace. Il est impératif d'identifier précisément l'avant-contrat (date, nature : promesse unilatérale ou compromis, désignation du bien) et d'exprimer sans ambiguïté la volonté de se rétracter.
La référence explicite à l'article L271-1 du Code de la construction et de l'habitation est fortement recommandée. Elle ancre juridiquement la démarche et ne laisse aucune place à l'interprétation. Les coordonnées complètes du vendeur (ou de son notaire), le numéro de l'avant-contrat s'il existe, et l'adresse du bien doivent figurer.
Un modèle indicatif peut s'articuler autour de ces éléments : identité de l'acquéreur, référence du compromis ou de la promesse, déclaration expresse de rétractation fondée sur l'article L271-1 CCH, demande de restitution des sommes versées dans le délai légal de 21 jours, et rappel des coordonnées bancaires pour le remboursement. La signature doit être manuscrite. Avant tout envoi, une vérification par un notaire ou un avocat reste prudente.
Scénario pratique : rétractation dans le délai, que récupère-t-on ?
Prenons le cas d'un acquéreur qui signe un compromis pour un appartement de 300 000 € le 2 mars 2026. Il verse un dépôt de garantie de 30 000 € (10 % du prix) entre les mains du notaire.
Le 7 mars, soit 5 jours après la remise de l'acte, il adresse une lettre recommandée avec AR au notaire du vendeur pour notifier sa rétractation. Le cachet de la poste atteste de l'envoi dans le délai légal. La rétractation est parfaitement valable.
Le notaire, dépositaire des fonds, dispose alors de 21 jours à compter de cette notification pour restituer l'intégralité des 30 000 € (art. L271-1 CCH). Aucun frais, aucune retenue, aucune justification demandée. L'acquéreur récupère la totalité de son dépôt, et le vendeur ne peut prétendre à aucune indemnité. Le bien retourne sur le marché sans autre formalité.
Délai de restitution des fonds : 21 jours à compter de quoi ?
Le point de départ du délai de 21 jours est souvent mal compris. L'article L271-1 CCH dispose que « si l'acquéreur exerce sa faculté de rétractation, le professionnel dépositaire des fonds les lui restitue dans un délai de vingt et un jours à compter du lendemain de la date de cette rétractation. »
Ce n'est donc pas la date d'envoi de la LRAR qui compte, mais la date de réception effective par le professionnel : le lendemain de cette réception déclenchant le délai. En pratique, la restitution intervient généralement sous 21 jours, mais un acquéreur prudent anticipera ce délai dans sa trésorerie, surtout s'il enchaîne sur un autre achat immobilier.
⚠️ Attention : le délai de 21 jours s'applique au professionnel dépositaire des fonds. Si le dépôt a été versé directement au vendeur (configuration rare mais possible dans une vente entre particuliers sans intermédiaire), le remboursement relève alors du droit commun et peut nécessiter une mise en demeure, voire une action en justice en cas de refus.
Rétractation après les 10 jours : quelles pénalités pour l'acheteur ?
Passé le délai de 10 jours, le droit de rétractation s'éteint définitivement. L'acquéreur qui souhaite se retirer de l'opération entre en terrain miné. Deux conséquences principales : la perte de l'indemnité d'immobilisation et, potentiellement, l'exécution forcée de la vente.
L'erreur la plus fréquente consiste à croire qu'un simple « je ne donne pas suite » suffit, ou que le vendeur « comprendra ». En réalité, l'avant-contrat immobilier est un contrat ferme. Le juge peut contraindre l'acquéreur défaillant à signer l'acte authentique et à payer le prix, frais inclus.
Un arrêt récent de la Cour de cassation illustre cette rigueur : dans une affaire jugée le 7 mai 2026 par la troisième chambre civile, une vente au prix de 2 500 000 euros a donné lieu à un contentieux post-promesse, rappelant que les engagements pris dans un avant-contrat sont exécutoires (Legifrance, JURITEXT000054110045).
L'acquéreur perd-il toujours son dépôt de garantie ?
En principe, oui. L'indemnité d'immobilisation, versée lors de la signature, est acquise au vendeur en cas de défaillance de l'acheteur hors clause suspensive. Dans la pratique notariale, elle représente généralement 10 % du prix de vente (village-justice.com, 2022).
Pour un bien de 200 000 €, cela signifie une perte sèche de 20 000 €. Pour un bien de 500 000 €, la sanction atteint 50 000 €. Ces montants, qui peuvent sembler théoriques, sont régulièrement confirmés par les tribunaux.
Une nuance toutefois : le juge dispose d'un pouvoir de modulation si la clause pénale apparaît manifestement excessive au regard du préjudice réel subi par le vendeur (art. 1231-5 du Code civil). Cette modération reste exceptionnelle et ne doit pas être anticipée comme un filet de sécurité.
L'exécution forcée de la vente : mythe ou réalité ?
C'est une réalité juridique, pas un mythe. Le vendeur peut saisir le tribunal judiciaire pour obtenir l'exécution forcée de la promesse. Le tribunal peut « enjoindre de signer l'acte et de se présenter devant notaire » (village-justice.com, décembre 2025).
La jurisprudence constante confirme que l'avant-contrat vaut vente dès lors que les conditions essentielles : chose et prix : sont déterminées (art. 1589 du Code civil). Si l'acquéreur refuse de réitérer, le juge peut rendre un jugement valant acte de vente.
En pratique, les vendeurs hésitent parfois à engager une procédure longue et coûteuse. Mais pour des biens de valeur ou dans un marché baissier où retrouver un autre acquéreur est difficile, l'action en exécution forcée devient une option stratégique sérieuse. L'arrêt du 7 mai 2026 de la Cour de cassation (2 500 000 € en jeu) montre que la haute juridiction n'hésite pas à rappeler la force obligatoire des avant-contrats.
Les clauses suspensives : la seule sortie légale après le délai
Une fois le délai de 10 jours expiré, seules les clauses suspensives permettent à l'acquéreur de se retirer sans pénalité. La plus classique est la condition suspensive d'obtention d'un prêt immobilier.
L'acquéreur doit démontrer qu'il a sollicité un financement conforme aux caractéristiques stipulées dans l'avant-contrat (montant, durée, taux maximal) et que les banques ont refusé. Un simple changement d'avis sur le taux ou une négligence dans les démarches ne suffit pas.
D'autres clauses suspensives courantes incluent le droit de préemption de la commune, l'absence de servitude non déclarée, ou l'obtention d'un permis de construire. Chacune doit être rédigée avec précision : une clause suspensive trop vague ou réputée potestative (dépendant de la seule volonté de l'acquéreur) est nulle et ne protège pas.
Le vendeur peut-il se rétracter d'une promesse de vente ?
La réponse est nette : non, le vendeur ne bénéficie d'aucun droit légal de rétractation. L'article L271-1 du Code de la construction et de l'habitation réserve cette faculté au seul acquéreur non professionnel d'un bien à usage d'habitation.
Dans une promesse unilatérale, le promettant s'oblige « définitivement à vendre dès la conclusion de l'avant-contrat sans possibilité de rétractation sauf stipulation contraire » (village-justice.com, mai 2025). Dans un compromis synallagmatique, l'engagement est réciproque et le vendeur est tout aussi tenu que l'acheteur.
Cette asymétrie, conçue pour protéger le consommateur immobilier, peut surprendre le vendeur particulier qui regrette son engagement. Elle est pourtant constante en droit positif.
Dans la promesse unilatérale : le vendeur est-il vraiment bloqué ?
Oui. Dès la signature de la promesse unilatérale, le promettant est irrévocablement engagé pour toute la durée de l'option : généralement deux à trois mois. Il ne peut ni vendre à un tiers, ni modifier le prix, ni retirer le bien du marché.
Si le bénéficiaire lève l'option dans le délai, le promettant doit impérativement signer l'acte authentique. Son refus expose à une action en exécution forcée, voire à des dommages-intérêts. La seule échappatoire naturelle survient si le bénéficiaire laisse expirer l'option sans la lever : le promettant recouvre alors sa liberté et conserve l'indemnité d'immobilisation.
💡 À noter : un vendeur qui anticipe des regrets peut négocier, avant signature, une clause de dédit : une faculté contractuelle de rétractation moyennant une indemnité forfaitaire. Cette clause, rare en pratique, doit être expressément stipulée et acceptée par l'acquéreur.
Dans le compromis : symétrie ou asymétrie des droits ?
Le compromis crée une symétrie d'obligations entre les parties, mais pas de droits de rétractation. L'acheteur bénéficie des 10 jours légaux ; le vendeur, lui, n'a que la force obligatoire du contrat pour seul horizon.
Concrètement, un vendeur qui refuse de signer l'acte authentique après un compromis s'expose à une assignation devant le tribunal judiciaire. Le juge peut constater la vente et rendre une décision valant titre de propriété. Le vendeur peut également être condamné à des dommages-intérêts pour le préjudice subi par l'acquéreur (frais de déménagement, frais de crédit engagés).
Cette asymétrie, souvent critiquée par les propriétaires vendeurs, est délibérée. Le législateur a estimé que l'acquéreur immobilier, en tant que consommateur, méritait une protection renforcée face à l'engagement majeur que constitue l'achat d'un logement.
Clause contractuelle de rétractation du vendeur : ce que dit la jurisprudence
Une décision récente du Tribunal judiciaire de Paris, rendue le 28 janvier 2026, éclaire la validité des clauses de rétractation stipulées au bénéfice du promettant (RG n° 23/14212).
En l'espèce, la promesse unilatérale de vente contenait une clause de rétractation au bénéfice du promettant. Le tribunal a reconnu la validité de cette stipulation, confirmant que les parties peuvent conventionnellement accorder au vendeur ce que la loi ne lui donne pas de plein droit.
Cette décision, disponible sur le site de la Cour de cassation, rappelle un principe fondamental : la liberté contractuelle permet d'aménager le droit de rétractation par des clauses spécifiques. Un vendeur avisé négociera donc, avant de signer, l'insertion d'une telle clause : quitte à concéder une contrepartie à l'acquéreur.
Rétractation après une offre d'achat : un régime distinct de la promesse
L'offre d'achat n'est pas un avant-contrat au sens de l'article L271-1 du Code de la construction et de l'habitation. Le droit de rétractation de 10 jours ne s'applique donc pas à ce stade précontractuel.
Une offre d'achat formalise la proposition d'un acquéreur potentiel pour un bien déterminé à un prix donné. Tant que le vendeur ne l'a pas acceptée, l'offrant peut la retirer librement, sous réserve du respect du délai de validité qu'il a lui-même fixé. Une fois l'offre acceptée, la situation devient plus délicate : selon les circonstances, l'acceptation peut caractériser un accord sur la chose et le prix au sens de l'article 1589 du Code civil.
En pratique, la signature d'un avant-contrat (promesse ou compromis) reste le moment où le droit de rétractation de 10 jours prend effet. Avant cette signature, la prudence impose de ne verser aucune somme et de ne signer aucun document sans l'avoir fait vérifier par un notaire. Les litiges nés de négociations informelles sont nombreux, comme l'illustre un cas rapporté par village-justice.com (septembre 2020) où un vendeur avait fait une contre-proposition orale à 50 % du montant initialement demandé, engendrant un imbroglio contractuel difficile à démêler.
Frais et conséquences financières d'une rétractation : ou d'une absence de rétractation
Chaque scénario de rétractation emporte des conséquences financières radicalement différentes. La synthèse ci-dessous permet de mesurer l'enjeu réel, souvent bien supérieur à ce que les parties imaginent au moment de signer.
Dans le délai légal, la rétractation est gratuite pour l'acquéreur : restitution intégrale des fonds dans les 21 jours (art. L271-1 CCH). Hors délai et sans clause suspensive valablement activée, l'acquéreur perd l'indemnité d'immobilisation, soit en pratique 10 % du prix de vente (village-justice.com, 2022). Pour un bien de 350 000 €, la sanction atteint 35 000 €.
Le cas de la clause suspensive de prêt exonère l'acquéreur, à condition qu'il démontre avoir effectué les démarches convenues et que le refus bancaire soit conforme aux caractéristiques stipulées. Enfin, en cas de litige porté devant le tribunal judiciaire, les frais d'avocat et les dépens s'ajoutent aux sommes en jeu, alourdissant considérablement l'addition finale.
Les scénarios et leurs conséquences financières
Le tableau ci-dessous récapitule les issues possibles selon la situation de l'acquéreur :
- Rétractation dans le délai de 10 jours : restitution intégrale des fonds sous 21 jours. Aucun frais, aucune pénalité. Droit inconditionnel.
- Rétractation hors délai, sans clause suspensive : perte de l'indemnité d'immobilisation (généralement 10 % du prix). Risque d'exécution forcée de la vente.
- Non-obtention du prêt (clause suspensive activée) : restitution intégrale des fonds. L'acquéreur doit prouver le refus bancaire conforme au mandat de recherche stipulé.
- Droit de préemption exercé par la commune : caducité de la promesse. Remboursement intégral du dépôt. Aucune pénalité pour l'acquéreur.
- Défaillance sans motif légal, action en justice : perte du dépôt + dommages-intérêts potentiels + exécution forcée. Frais de procédure à la charge de la partie perdante.
📌 Important : l'indemnité d'immobilisation de 10 % relève de la pratique notariale, non d'un texte légal impératif. Le montant exact figure dans l'avant-contrat signé : c'est ce chiffre contractuel qui s'applique, quel que soit le « standard » du marché.
Ces éléments sont d'ordre général et ne sauraient remplacer une consultation juridique. Pour un cas précis, adressez-vous à un avocat ou à un professionnel du droit.
Les questions fréquentes
Est-il possible d'annuler une promesse de vente ?
Oui, mais les conditions diffèrent selon la partie. L'acheteur non professionnel dispose d'un délai légal de 10 jours calendaires pour se rétracter sans motif ni pénalité (art. L271-1 du Code de la construction et de l'habitation). Le vendeur, lui, n'a pas de droit de rétractation légal : une fois la promesse signée, il est engagé, sauf clause contractuelle expresse ou accord amiable avec l'acheteur.
Quels sont les frais d'annulation d'une promesse de vente ?
Si l'acheteur se rétracte dans le délai légal de 10 jours, aucun frais n'est retenu et les sommes versées sont restituées dans les 21 jours (art. L271-1 CCH). Hors délai et sans clause suspensive valable, l'acheteur perd généralement l'indemnité d'immobilisation, qui s'élève en pratique à 10 % du prix de vente (village-justice.com, 2022).
Puis-je me rétracter après avoir fait une offre d'achat ?
Le droit de rétractation de 10 jours prévu par l'article L271-1 CCH ne s'applique pas à l'offre d'achat, mais uniquement à partir de la signature de la promesse ou du compromis de vente. Avant cette signature, la situation dépend des termes de l'offre et du droit commun des contrats. Il est conseillé de consulter un notaire ou un avocat avant tout engagement écrit.
Comment calculer le délai de rétractation de 10 jours pour un compromis de vente ?
Le délai de 10 jours calendaires commence le lendemain du jour de remise de l'acte (en main propre, par LRAR ou par voie électronique selon les modalités fixées par décret). Si le 10e jour tombe un dimanche ou un jour férié, le délai est prorogé au premier jour ouvrable suivant. Tous les jours comptent, y compris samedis et jours fériés en cours de délai.
J'ai signé un compromis de vente mais je regrette : que faire ?
Si vous êtes encore dans le délai de 10 jours calendaires suivant la remise de l'acte, envoyez immédiatement une lettre recommandée avec accusé de réception au vendeur ou à son notaire en visant expressément l'article L271-1 CCH. Passé ce délai, seule l'activation d'une clause suspensive (refus de prêt, par exemple) peut vous libérer sans pénalité. À défaut, vous risquez la perte de votre dépôt, voire une action en exécution forcée devant le tribunal judiciaire.
