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Droit à la déconnexion Code du travail : obligations
Droit du travail

Droit à la déconnexion dans le Code du travail : obligations, charte et recours

Droit à la déconnexion dans le Code du travail : loi de 2016, articles L2242-17 et L1222-9, obligations employeur, charte, jurisprudence 2026. Guide

Laure BonnetLaure Bonnet 20 minutes
Le droit à la déconnexion pourrait faire son entrée dans le Code du Travail

Le droit à la déconnexion, instauré par la loi n°2016-1088 du 8 août 2016 (loi El Khomri) et entré en vigueur le 1er janvier 2017, est codifié à l'article L2242-17 du Code du travail. Il impose aux entreprises d'au moins 50 salariés de négocier les modalités d'exercice de ce droit ou, à défaut d'accord, d'élaborer une charte. Aucune sanction pécuniaire spécifique n'est prévue par le Code du travail, mais le salarié peut agir sur le fondement de l'article L1121-1.

Le droit à la déconnexion est inscrit dans le Code du travail depuis le 1er janvier 2017, à la suite de la loi n°2016-1088 du 8 août 2016 (loi El Khomri). Ce droit permet à tout salarié de ne pas être sollicité par ses outils numériques professionnels en dehors de son temps de travail. Pourtant, près de dix ans après son entrée en vigueur, sa mise en œuvre reste inégale : beaucoup de salariés ignorent les obligations précises de leur employeur, et les recours disponibles en cas de violation sont encore peu connus.

En bref

  • Le droit à la déconnexion est entré en vigueur le 1er janvier 2017 via la loi n°2016-1088 (loi El Khomri), codifié à l'article L2242-17 du Code du travail.
  • Dans les entreprises de 50 salariés et plus, l'employeur doit négocier annuellement le droit à la déconnexion ; à défaut d'accord, il élabore une charte unilatérale.
  • Le Code du travail ne prévoit aucune sanction pécuniaire spécifique : le salarié lésé doit prouver un préjudice réel devant le conseil de prud'hommes.
  • L'arrêt de la Cour de cassation du 25 mars 2026 précise que la connexion spontanée d'un salarié en arrêt maladie n'est pas un manquement imputable à l'employeur.
  • Le droit à la déconnexion s'étend aux agents publics via les accords de télétravail ministériels, avec un cadre moins unifié que dans le secteur privé.

Ce que dit le Code du travail sur le droit à la déconnexion

Le droit à la déconnexion ne figure pas sous un article dédié intitulé « droit à la déconnexion » dans le Code du travail. Il résulte de l'articulation de plusieurs textes, dont le socle est la loi n°2016-1088 du 8 août 2016 relative au travail, à la modernisation du dialogue social et à la sécurisation des parcours professionnels, dite loi El Khomri.

En pratique, ce droit se définit comme la faculté pour le salarié de ne pas être connecté aux outils numériques professionnels : messagerie, téléphone portable, applications métier, plateformes collaboratives : pendant ses périodes de repos, de congé et plus largement en dehors de son temps de travail. L'objectif affirmé par le législateur est double : préserver la santé des travailleurs et garantir le respect de leur vie personnelle et familiale.

La recherche sur la base KALI de Légifrance révèle l'ampleur de la diffusion du dispositif dans le paysage conventionnel : 8 581 articles répartis dans 144 conventions collectives nationales et accords de branche mentionnent le droit à la déconnexion et les outils numériques (Légifrance, 2026). Ce chiffre témoigne d'une appropriation réelle par les partenaires sociaux, bien au-delà du seul cadre législatif.

La loi n°2016-1088 du 8 août 2016 et son article 55

L'article 55 de la loi n°2016-1088 du 8 août 2016 constitue le texte fondateur. Il dispose que l'employeur doit, dans le cadre de la négociation annuelle sur l'égalité professionnelle et la qualité de vie au travail, aborder les modalités du plein exercice par le salarié de son droit à la déconnexion. Cette obligation est entrée en vigueur le 1er janvier 2017.

Le même article prévoit un mécanisme supplétif : en l'absence d'accord collectif négocié, l'employeur élabore une charte après avis du comité social et économique (CSE) ou des représentants du personnel. Cette charte définit les modalités d'exercice du droit à la déconnexion et la mise en œuvre d'actions de formation et de sensibilisation à destination des salariés et de l'encadrement (Légifrance, JORFARTI000032984268).

Les articles du Code du travail directement applicables

Trois articles du Code du travail encadrent le droit à la déconnexion.

L'article L2242-17 (issu de la loi El Khomri) intègre le droit à la déconnexion dans la négociation annuelle obligatoire sur l'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes et la qualité de vie et des conditions de travail. Il impose aux entreprises d'au moins 50 salariés de négocier les modalités d'exercice de ce droit.

L'article L1121-1 protège les libertés individuelles du salarié : « Nul ne peut apporter aux droits des personnes et aux libertés individuelles et collectives de restrictions qui ne seraient pas justifiées par la nature de la tâche à accomplir ni proportionnées au but recherché ». La doctrine et la jurisprudence y rattachent le droit à la déconnexion comme une composante de la protection des temps de repos (village-justice.com, mai 2023).

Comprendre les subtilités du droit du travail est essentiel pour bien saisir ces protections.

Pour naviguer efficacement dans ces règlements, il est important d'avoir une compréhension approfondie du droit du travail.

Se tenir informé des évolutions du droit du travail est donc crucial pour chaque travailleur.

L'encadrement juridique des relations de travail est complexe et il est essentiel de bien connaître le droit du travail pour comprendre ces mécanismes.

De manière générale, le cadre légal relatif aux employés est défini par le droit du travail.

L'article L. 1222-9 étend explicitement la protection aux télétravailleurs. Il affirme que le télétravailleur bénéficie des mêmes droits que ses collègues en présentiel, ce qui inclut le droit à la déconnexion (actu-juridique.fr).

L'extension aux télétravailleurs : article L. 1222-9

Depuis la loi n°2012-387 du 22 mars 2012, codifiée à l'article L. 1222-9 du Code du travail, le télétravailleur bénéficie des mêmes droits individuels et collectifs que le salarié exécutant son travail dans les locaux de l'entreprise. Cette égalité de traitement emporte l'application pleine et entière du droit à la déconnexion.

Concrètement, un salarié en télétravail ne peut pas être soumis à des sollicitations numériques plus intenses qu'un collègue en présentiel au seul motif qu'il travaille à distance. La convention collective nationale du notariat du 8 juin 2001 en donne une illustration : elle définit le droit à la déconnexion comme « le droit de chaque salarié de ne pas être connecté à un outil numérique à titre professionnel pendant ses temps de repos et de congés » (Légifrance, KALITEXT000038073515).

Obligations de l'employeur : horaires, charte et négociation

Les obligations de l'employeur en matière de droit à la déconnexion se déclinent en plusieurs niveaux, selon la taille de l'entreprise et l'existence ou non d'un accord collectif. La loi distingue l'obligation de négocier : qui pèse sur les entreprises de 50 salariés et plus (village-justice.com, juin 2017) : et l'obligation générale de protéger la santé et la sécurité des travailleurs, qui s'impose à tous les employeurs quel que soit leur effectif.

Pour approfondir, voir droit à la déconnexion : quelle loi l'a instauré.

Pour approfondir, voir droit à la déconnexion des salariés 2026 : ce que la loi.

Le Code du travail ne prévoit toutefois aucune sanction pécuniaire spécifique en cas de défaut de mise en œuvre des dispositions sur le droit à la déconnexion (village-justice.com, septembre 2024). Cette absence de sanction directe constitue une fragilité du dispositif, que la jurisprudence tente de compenser en rattachant le droit à la déconnexion à d'autres obligations patronales : notamment l'obligation de sécurité de résultat.

Pour mieux comprendre le contexte général de ces problématiques, notre guide sur le droit du travail offre une vue d'ensemble.

Les inspections du travail peuvent néanmoins relever le défaut de négociation obligatoire ou l'absence de charte comme un manquement administratif, susceptible de faire l'objet d'observations et de mises en demeure.

La négociation annuelle obligatoire sur l'égalité professionnelle

Depuis le 1er janvier 2017, le droit à la déconnexion est intégré à la négociation annuelle obligatoire sur l'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes et la qualité de vie et des conditions de travail (village-justice.com, décembre 2016). Cette obligation concerne les entreprises dotées d'une ou plusieurs sections syndicales.

Dans les entreprises pourvues de délégués syndicaux, la négociation doit aboutir à un accord collectif définissant les modalités d'exercice du droit à la déconnexion. En l'absence d'accord, un procès-verbal de désaccord est établi et l'employeur doit alors élaborer une charte unilatérale. La négociation porte notamment sur les plages horaires pendant lesquelles les outils numériques professionnels sont mis en veille, les dispositifs de filtrage des serveurs informatiques, et les actions de sensibilisation du personnel d'encadrement.

La charte droit à la déconnexion : contenu minimal et valeur juridique

En l'absence d'accord collectif, l'employeur élabore une charte définissant les modalités d'exercice du droit à la déconnexion, après avis du comité social et économique (CSE) ou, à défaut, des délégués du personnel. Cette charte revêt le caractère d'un engagement unilatéral de l'employeur.

Sa valeur juridique est inférieure à celle d'un accord collectif. Un accord collectif signé par les organisations syndicales représentatives crée une obligation conventionnelle renforcée, dont la violation peut être sanctionnée plus directement. La charte, en revanche, relève du pouvoir de direction de l'employeur et son non-respect suppose, pour engager une action, que le salarié démontre un préjudice personnel et direct (village-justice.com, mai 2023).

Sur Légifrance, la recherche KALI permet d'accéder à des modèles d'accords et de chartes déjà conclus dans diverses branches, comme l'accord collectif d'entreprise « Réussir en Saône-et-Loire » couvrant la période 2023-2027 (Légifrance, ACCOTEXT000046951320).

Ce que la charte doit obligatoirement prévoir

Selon l'article 55 de la loi n°2016-1088, la charte définit les modalités d'exercice du droit à la déconnexion et prévoit la mise en œuvre d'actions de formation et de sensibilisation à destination des salariés et du personnel d'encadrement et de direction.

Les éléments minimalement attendus sont les suivants :

  • Plages horaires de déconnexion : périodes quotidiennes ou hebdomadaires pendant lesquelles les serveurs informatiques peuvent être paramétrés pour bloquer l'envoi de courriels, ou durant lesquelles aucune sollicitation n'est adressée au salarié.
  • Dispositifs de régulation : solutions techniques comme le filtrage ou le différé d'envoi des messages en dehors des heures de travail.
  • Actions de sensibilisation : formations destinées à l'encadrement sur les risques liés à l'hyperconnexion et au respect des temps de repos.
  • Modalités de contrôle : indicateurs de suivi permettant de vérifier l'effectivité du droit à la déconnexion dans l'entreprise.

Aucun décret d'application n'est venu préciser ces exigences : la charte reste un outil à géométrie variable, dont le contenu dépend largement de la volonté de l'employeur.

Droit à la déconnexion dans la fonction publique : une protection en construction

Le droit à la déconnexion ne s'applique pas aux agents publics par le biais du Code du travail, qui régit les relations de droit privé. Pour autant, la fonction publique n'est pas un angle mort : plusieurs ministères ont intégré ce droit dans leurs accords relatifs au télétravail, publiés au Journal officiel et consultables sur Légifrance.

Le cadre juridique reste moins unifié que dans le secteur privé. Chaque ministère ou établissement public négocie ses propres modalités, ce qui produit une mosaïque de protections variables selon l'employeur public concerné. L'absence de texte législatif spécifique à la fonction publique sur ce sujet constitue une différence notable avec le régime applicable aux salariés du secteur privé.

Les accords de télétravail dans les ministères

Deux accords illustrent l'intégration du droit à la déconnexion dans la fonction publique.

L'accord relatif au télétravail au sein du ministère des Armées, publié sous l'identifiant LEGIARTI000047298063 (Légifrance, consulté le 27 février 2026), définit le droit à la déconnexion comme « le droit pour tout agent de ne pas être connecté à un outil numérique professionnel en dehors de son temps de travail ». Il en confie la mise en œuvre au niveau de chaque entité, avec des actions de sensibilisation des managers.

L'accord relatif à la mise en œuvre du télétravail dans les administrations, publié au JORF sous l'identifiant JORFTEXT000045464407, précise que « le droit à la déconnexion a pour objectif le respect des temps de repos et de congé ainsi que la vie personnelle de l'agent ». Ses modalités sont renvoyées à un dialogue de proximité entre l'agent et son supérieur hiérarchique.

Différences entre secteur privé et fonction publique

Trois différences essentielles distinguent le régime applicable aux agents publics de celui des salariés de droit privé.

D'abord, l'absence d'obligation législative uniforme : aucun texte de portée générale n'impose à tous les employeurs publics de négocier ou d'élaborer une charte, contrairement à l'article L2242-17 du Code du travail.

Ensuite, le support juridique est l'accord collectif administratif, dont la valeur et le régime contentieux diffèrent de l'accord collectif de droit privé. L'agent public ne peut saisir le conseil de prud'hommes : le tribunal administratif est la juridiction compétente.

Enfin, la mise en œuvre est déconcentrée : chaque ministère, chaque établissement définit ses propres règles, ce qui génère une hétérogénéité importante des protections selon l'administration d'affectation.

Cas pratique : salarié harcelé de mails le week-end, que faire concrètement ?

Prenons un cas concret. Un cadre au forfait-jours dans une PME de 80 salariés reçoit régulièrement des courriels professionnels le samedi et le dimanche de la part de son supérieur hiérarchique. L'entreprise ne dispose ni d'un accord collectif ni d'une charte sur le droit à la déconnexion. Le salarié subit une pression implicite à répondre rapidement, ce qui empiète sur ses temps de repos.

Cette situation, banale dans de nombreuses organisations, illustre le décalage entre le droit théorique et sa mise en œuvre pratique. Le Code du travail ne prévoit pas de sanction pécuniaire spécifique (village-justice.com, septembre 2024), mais plusieurs voies d'action existent. L'article L1121-1 offre une base juridique pour contester les restrictions disproportionnées aux libertés du salarié.

Si vous avez des questions sur votre situation professionnelle, il est souvent utile de savoir qui contacter pour une question sur le droit du travail pour obtenir des conseils précis.

Pour mieux comprendre le contexte général de ces problématiques, n'hésitez pas à consulter notre guide complet sur le droit du travail.

Pour comprendre l'ensemble des règles qui régissent les relations professionnelles, il est recommandé de se référer à un guide complet sur le droit du travail.

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Avant toute démarche contentieuse, il est recommandé de consulter un avocat en droit du travail pour évaluer la solidité du dossier et les chances de succès d'une action prud'homale.

Étape 1 : vérifier l'existence d'une charte ou d'un accord d'entreprise

La première vérification consiste à interroger la base KALI sur Légifrance pour savoir si un accord de branche étendu couvre le secteur d'activité. La recherche « droit à la déconnexion et outils numériques » y recense 8 581 articles dans 144 conventions collectives (Légifrance, 2026).

Il faut également consulter le règlement intérieur et l'intranet de l'entreprise : l'employeur a pu élaborer une charte sans l'avoir diffusée aux salariés. Le CSE ou les délégués syndicaux peuvent être sollicités pour obtenir ces documents. L'absence totale d'accord et de charte dans une entreprise de plus de 50 salariés constitue un manquement à l'obligation de négociation annuelle prévue par l'article L2242-17.

Étape 2 : alerter formellement l'employeur et les représentants du personnel

Le salarié doit adresser un écrit à son employeur (courriel avec accusé de réception ou lettre recommandée) exposant les faits : fréquence des sollicitations hors temps de travail, impact sur sa santé et sa vie personnelle, absence de charte ou d'accord dans l'entreprise. Cet écrit constitue une trace essentielle en cas de contentieux ultérieur.

Parallèlement, les représentants du personnel et le CSE doivent être informés. Le CSE dispose d'un droit d'alerte en matière de santé et de sécurité au travail. Il peut également inscrire le sujet à l'ordre du jour de ses réunions et demander à l'employeur l'ouverture d'une négociation sur le droit à la déconnexion.

Étape 3 : saisir l'inspection du travail ou le conseil de prud'hommes

En l'absence de réponse satisfaisante de l'employeur dans un délai raisonnable, le salarié peut saisir l'inspection du travail. Celle-ci peut constater le défaut de négociation obligatoire et adresser une mise en demeure à l'employeur.

La voie judiciaire prud'homale est également ouverte, sur le fondement de l'article L1121-1 du Code du travail. Le salarié doit démontrer que les sollicitations répétées en dehors de son temps de travail constituent une restriction disproportionnée à sa liberté de ne pas travailler pendant ses temps de repos. Il peut aussi invoquer un manquement de l'employeur à son obligation de sécurité. L'arrêt de la Cour de cassation du 25 mars 2026 apporte un éclairage important sur la charge de la preuve : le manquement suppose la démonstration d'une injonction explicite ou implicite de l'employeur, et non d'une simple connexion spontanée du salarié (village-justice.com, mai 2026).

Pour toute procédure prud'homale, poser gratuitement une question en droit du travail auprès des permanences juridiques peut aider à clarifier la stratégie avant d'engager des frais.

Si vous avez besoin d'aide pour comprendre les complexités du droit du travail, divers interlocuteurs peuvent vous accompagner.

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N'hésitez pas à demander une aide juridique si vous avez des questions sur le droit du travail, plusieurs interlocuteurs peuvent vous accompagner.

Erreur courante : croire que la charte rend le droit à la déconnexion pleinement opposable

Beaucoup de salariés pensent que la simple existence d'une charte sur le droit à la déconnexion leur confère un droit automatiquement opposable à l'employeur, dont la violation serait sanctionnée en tant que telle. Cette croyance est juridiquement inexacte et peut conduire à des désillusions en cas de contentieux.

La charte est un acte unilatéral de l'employeur. Sa méconnaissance n'ouvre pas, en elle-même, un droit à réparation automatique. Le salarié doit démontrer un préjudice réel et personnel résultant du non-respect de la charte : ce qui suppose de prouver un lien de causalité entre les sollicitations numériques hors temps de travail et un dommage subi (fatigue, stress, atteinte à la vie familiale, etc.).

Un arrêt récent de la Cour de cassation vient renforcer cette exigence probatoire et en précise les contours.

Charte unilatérale vs accord collectif : la différence juridique clé

L'accord collectif est un contrat conclu entre l'employeur et les organisations syndicales représentatives. Sa force obligatoire est supérieure : les clauses de l'accord s'imposent à l'employeur comme aux salariés et leur violation peut être sanctionnée plus directement, notamment par une action en exécution forcée.

La charte unilatérale, en revanche, émane du seul pouvoir de direction de l'employeur. Elle lie ce dernier au titre de l'engagement unilatéral, mais sa portée contentieuse est plus limitée. La jurisprudence tend à considérer que la charte fixe des orientations et des bonnes pratiques davantage que des obligations précises et contrôlables.

Dans les deux cas, le salarié qui souhaite faire valoir ses droits gagne à vérifier au préalable si sa convention collective de branche contient des dispositions spécifiques sur le droit à la déconnexion. La base KALI de Légifrance permet cette vérification en quelques clics.

Ces dispositifs sont au cœur des préoccupations actuelles du droit du travail.

En cas de question complexe, il est toujours judicieux de consulter des experts du droit du travail.

Pour toute interrogation spécifique, il est recommandé de solliciter l'avis d'experts en droit du travail.

En effet, ces dispositifs sont au cœur des préoccupations actuelles du droit du travail.

L'arrêt Cour de cassation du 25 mars 2026 : connexion spontanée et arrêt maladie

Par un arrêt du 25 mars 2026, la chambre sociale de la Cour de cassation a jugé que « le manquement au droit à la déconnexion suppose la preuve d'une injonction de l'employeur » (village-justice.com, mai 2026). En l'espèce, un salarié en arrêt maladie s'était spontanément connecté à sa messagerie professionnelle et avait traité des courriels. Licencié ultérieurement pour d'autres motifs, il invoquait une violation de son droit à la déconnexion par l'employeur.

La Cour écarte l'argument : la connexion spontanée du salarié, sans sollicitation ni instruction de l'employeur, ne caractérise pas un manquement de ce dernier. Cet arrêt trace une ligne de partage essentielle : le droit à la déconnexion protège le salarié contre les sollicitations de l'employeur, il n'interdit pas au salarié de se connecter de sa propre initiative. La charge de la preuve pèse sur le salarié qui allègue une violation.

Droit à la déconnexion et jurisprudence : l'état du droit en 2026

Depuis le 1er janvier 2017, le droit à la déconnexion s'est construit moins par la voie législative : qui s'est limitée à poser une obligation de négocier : que par la voie prétorienne. La chambre sociale de la Cour de cassation rattache progressivement ce droit à l'obligation patronale de sécurité et à la protection des libertés individuelles du salarié.

L'arrêt du 25 mars 2026 marque une étape dans cette construction : il clarifie les conditions dans lesquelles un manquement peut être reproché à l'employeur, en exigeant la preuve d'une injonction. Il protège aussi l'employeur contre les griefs fondés sur le comportement spontané du salarié.

Le contentieux prud'homal reste néanmoins peu abondant sur le seul fondement du droit à la déconnexion. Les salariés l'invoquent plus souvent comme un élément parmi d'autres dans des litiges plus larges : harcèlement moral, exécution déloyale du contrat de travail, prise d'acte de la rupture aux torts de l'employeur. Pour naviguer dans ces contentieux complexes, le recours à un avocat en droit du travail est souvent déterminant.

Le droit de retrait constitue par ailleurs un mécanisme distinct mais complémentaire : il permet au salarié de se retirer d'une situation de travail présentant un danger grave et imminent pour sa vie ou sa santé, ce qui peut inclure des situations de surcharge numérique extrême.

Quant aux perspectives d'évolution législative, aucune initiative parlementaire d'envergure n'est en discussion à la date de publication de cet article. Le dispositif actuel reste fondé sur une obligation de moyen (négocier, élaborer une charte) et non de résultat.

De l'obligation de négocier à l'obligation de résultat : vers quelle évolution ?

La doctrine juridique s'interroge sur l'opportunité de faire évoluer le droit à la déconnexion d'une obligation de négocier : l'employeur doit inscrire le sujet à l'agenda social : vers une obligation de résultat : l'employeur doit garantir effectivement la déconnexion, sous peine de sanction.

Une telle évolution rapprocherait le droit à la déconnexion de l'obligation de sécurité de résultat qui pèse sur l'employeur en matière de santé au travail. Elle impliquerait probablement la création d'une sanction administrative spécifique, ou l'extension des pouvoirs de l'inspection du travail en la matière. À ce jour, le Code du travail n'a pas franchi ce pas et le débat reste ouvert.

L'évolution de ces obligations est un enjeu majeur pour le droit du travail dans les années à venir.

La convention collective nationale du notariat du 8 juin 2001 offre un exemple de formulation plus exigeante que le minimum légal : elle définit le droit à la déconnexion comme un droit pour « chaque salarié » et non comme un simple thème de négociation (Légifrance, KALITEXT000038073515). Ce type d'initiative conventionnelle pourrait préfigurer une généralisation législative.

Fiche pratique

Articles de loi clésArt. L2242-17 du Code du travail (négociation obligatoire), Art. L1121-1 du Code du travail (protection des libertés individuelles), Art. L. 1222-9 du Code du travail (télétravailleur), Art. 55 de la loi n°2016-1088 du 8 août 2016
Date d'entrée en vigueur1er janvier 2017
Entreprises concernéesToutes les entreprises de 50 salariés et plus pour l'obligation de négocier ; le principe s'applique à tous les salariés quelle que soit la taille de l'entreprise
Outils numériques visésMessagerie professionnelle, téléphone portable professionnel, applications métier, intranet, plateformes collaboratives
Valeur juridique de la charte unilatéraleEngagement unilatéral de l'employeur : moins contraignant qu'un accord collectif ; le salarié doit démontrer un préjudice réel pour engager la responsabilité de l'employeur (Cass. soc., 25 mars 2026)
Sanction spécifiqueAucune sanction pécuniaire prévue par le Code du travail (village-justice.com, sept. 2024) ; recours possible via l'article L1121-1 devant le conseil de prud'hommes
Juridiction compétenteConseil de prud'hommes
Contact officielInspection du travail (direccte.gouv.fr) ; Ministère du Travail (travail-emploi.gouv.fr)

Sources

Ces éléments sont d'ordre général et ne sauraient remplacer une consultation juridique. Pour un cas précis, adressez-vous à un avocat ou à un professionnel du droit.

Les questions fréquentes

Qu'est-ce que le droit à la déconnexion des salariés ?

Le droit à la déconnexion est le droit pour tout salarié de ne pas se connecter à ses outils numériques professionnels (messagerie, téléphone, applications) en dehors de son temps de travail. Institué par la loi n°2016-1088 du 8 août 2016 (loi El Khomri), entrée en vigueur le 1er janvier 2017, il vise à protéger les temps de repos, de congé et la vie personnelle du salarié.

Quelles sont les 5 obligations de l'employeur ?

L'employeur d'une entreprise d'au moins 50 salariés doit : 1) négocier annuellement le droit à la déconnexion dans le cadre de la négociation sur l'égalité professionnelle (art. L2242-17) ; 2) en l'absence d'accord, élaborer une charte unilatérale (art. 55 de la loi n°2016-1088) ; 3) définir les modalités concrètes d'exercice du droit ; 4) prévoir des actions de formation et de sensibilisation ; 5) garantir le respect effectif des temps de repos et de congé.

Quelle est la loi qui a instauré le droit à la déconnexion ?

La loi n°2016-1088 du 8 août 2016 relative au travail, à la modernisation du dialogue social et à la sécurisation des parcours professionnels, dite « loi El Khomri », a instauré le droit à la déconnexion par son article 55. Ce texte est entré en vigueur le 1er janvier 2017 et figure désormais à l'article L2242-17 du Code du travail.

Quelle est la politique de déconnexion au travail ?

La politique de déconnexion est l'ensemble des mesures mises en place par l'entreprise pour garantir le droit à la déconnexion. Elle peut prendre la forme d'un accord collectif négocié avec les partenaires sociaux, ou à défaut d'une charte élaborée unilatéralement par l'employeur. Elle doit préciser les modalités d'exercice du droit (plages horaires sans sollicitation, filtrage des serveurs, actions de sensibilisation).